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Journée internationale de la femme

L’Union panafricaine des avocats rend hommage aux femmes

En ce jour de la Journée internationale de la femme, nous, membres de l’Union panafricaine des avocats, rendons hommage aux femmes juristes africaines, aux militantes des droits de l’homme ainsi qu’aux femmes de divers horizons et carrières. En ce jour spécial, nous avons l’honneur de partager avec vous des points de vue et messages inspirants de la part d’éminentes femmes juristes africaines :

Mme Fatou Bensouda, Procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI),

Mme Helen Kijo-Bisimba, Directrice exécutive de Legal and Human Rights Centre (Tanzanie)

Mme Osai Ojigho, Directrice exécutive adjointe de Alliances for Africa.

Mme Fatou Bensouda – Procureur en chef de la Cour pénale internationale

Mme Fatou Bensouda est le Procureur en chef de la Cour pénale internationale (CPI). Elle est juriste, de nationalité gambienne, Ancien Procureur général et Haut Fonctionnaire d’Etat, experte en droit pénal international et la toute première Gambienne experte en droit maritime international et en droit de la mer. Elle a travaillé en tant que conseiller juridique, avocat général et chef de l’Unité des avis juridiques au TPIR avant de servir à la CPI comme Procureur adjoint en 2004. En 2009, Mme Bensouda a été lauréate du Prix international des juristes de la CIJ et en 2011 lauréate de World Peace Through Law Award. Le magazine africain Jeune Afrique l’a nommée 4e personnalité la plus influente de la Société civile africaine pour l’année 2011.De par vos fonctions, comment assurez-vous la promotion des droits de la femme et la justice pour les femmes ?Le Statut de Rome reconnaît explicitement l’existence de violences et crimes basés sur le genre, et les proscrits. Il oblige le Bureau du Procureur de la CPI à veiller à ce que ces crimes fassent l’objet d’enquête et de poursuites judiciaires. Le premier objectif que je me suis fixée lors de ma prise de fonction, c’est de continuer à engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de ces crimes tel que le définit le Statut de Rome. En ce qui me concerne, les enquêtes et poursuites structurelles et cohérentes de ces crimes constituent une priorité. Je me suis engagée à faire de mon mieux dans ce sens et j’ai pris diverses initiatives afin d’assurer que l’on accorde à ces crimes la priorité nécessaire. Au début de cette année, j’ai procédé à la nomination d’un Conseiller spécial chargé des questions relatives au genre. Cette nomination contribuera à renforcer l’analyse stratégique du genre ainsi que les poursuites de crimes à caractère sexuel et basés sur le genre, renforcer l’approche institutionnelle concernant une série de questions liées au genre et améliorer la qualité de nos relations avec les principaux acteurs (y compris des organisations locales de femmes) quant aux cas faisant l’objet d’enquêtes. Mon Bureau œuvre à l’élaboration d’une politique sur les crimes à caractère sexuel et basés sur le genre qui devra être au point d’ici l’été prochain. Mon Bureau et le Conseiller spécial chargé des questions relatives au genre œuvrent ardemment à ce que cette politique fournisse des orientations et des précisions en ce qui concerne les poursuites actuelles et prochaines des auteurs de ces crimes. Elle a pour objectif de renforcer davantage notre travail visant à mettre fin à l’impunité vis-à-vis de crimes basés sur le genre, de promouvoir la responsabilité au niveau mondial et de renforcer l’application de la règle de droit relative aux crimes de violence sexuelle. Quelle est selon vous la signification de la Journée internationale de la femme par rapport à la justice internationale ?La Journée internationale de la femme nous rappelle que beaucoup reste à faire et que les femmes font toujours l’objet de violence gratuite. De nos jours, dans certaines sociétés, de telles violences sont toujours niées, ignorées et les victimes sont stigmatisées. Dans d’autres, les crimes sont minimisés, banalisés, dénigrés et les victimes sont réduites au silence. Cette situation jette le discrédit sur la crédibilité de ces dernières et porte atteinte à leur dignité de sorte que les auteurs de ces crimes sont libres de continuer leur basse besogne. C’est la raison pour laquelle un milliard de personnes se sont soulevées dans 207 pays le 14 février pour dire non à la violence sexuelle. Toutefois, une nouvelle ère vient de commencer avec la justice par le biais de la CPI. Le lot des tout premiers dossiers déposés auprès de la CPI signifie au monde qu’un changement est en train d’intervenir et que l’impunité vis-à-vis de crimes basés sur le genre doit cesser. La loi constitue un puissant instrument capable de jeter la lumière sur ces crimes, de donner aux victimes voix au chapitre et de punir les auteurs. C’est la seule manière de changer les comportements.Selon vous, quel doit être le rôle des femmes juristes dans le développement de l’exercice du droit et de l’État de droit sur le continent africain ? Comme je l’ai déjà indiqué, bien que nous ayons réalisé des progrès, beaucoup reste à faire. Les femmes continuent de pâtir de la violence lors de conflits en tant que combattantes et esclaves sexuels. Dans nos efforts collectifs visant à changer cette situation, les femmes doivent prendre les devants de la lutte visant à mettre fin à la violence contre elles. Elles doivent s’efforcer de transformer les réactions du public vis-à-vis des crimes sexuels au niveau des juridictions nationales. Elles ne peuvent plus demeurer silencieuses ; elles ne peuvent plus ignorer la situation ; nous ne devons plus laisser faire les agresseurs. Ensemble, nous pouvons modeler le changement que nous voulons et réfléchir sur la manière d’appliquer ce changement au plan national. En ce qui nous concerne à la CPI, nous continuerons de porter des accusations de crimes à caractère sexuel et de crimes basés sur le genre au niveau de tous les cas présentant des preuves de ces crimes. Cependant, la CPI ne peut, dans une certaine mesure, jouer le rôle qui est le sien qu’à travers une coopération à tous les niveaux avec les systèmes judiciaires nationaux. Je crois que les femmes juristes du continent peuvent poursuivre ce travail et contribuer à promouvoir le message de changement. En cette Journée internationale de la femme, quel est votre message à la communauté des juristes africains et aux femmes en général de tous horizons et de toutes carrières ? Tout le long de ma carrière de juriste et de procureur, j’ai toujours mis un accent particulier sur le fait d’encourager les femmes, surtout les femmes africaines, à croire en elles-mêmes ainsi qu’en leurs potentialités. L’autonomisation en constitue l’élément clé. En tant que femmes, sœurs, mères, je crois vivement que nous pouvons tout réaliser. Lors de la Journée internationale de la femme, nous célébrons les réalisations des derniers siècles et nous nous souvenons de tous ceux qui ont lutté ardemment en faveur des droits de la femme, qui ont gardé la tête haute et marqué l’histoire. Mes pensées et prières vont à nos sœurs de l’Ouganda, de la République Démocratique du Congo, de la République Centrafricaine, de la Guinée et du Darfour, qui ont été victimes de violences inimaginables. Mes pensées et prières vont également à toutes celles qui continuent d’être victimes de viols collectifs et d’autres genres de crime basé sur le genre et leurs conséquences. Les crimes basés sur le genre et les crimes à caractère sexuel sont restés impunis et non signalés pendant très longtemps. Il est temps d’agir pour changer la situation et j’espère qu’un jour nous célébrerons cette journée pour marquer la fin de la violence à l’égard des femmes utilisée comme arme de guerre. Je souhaite à toutes les femmes une bonne célébration.

Dr. Helen Kijo-Bisimba, Directrice exécutive, Legal and Human Rights Centre

Dr. Helen Kijo-Bisimba est juriste, militante des droits de l’homme, Directrice exécutive est un des membres fondateurs de Legal and Human Rights Center (LHRC), une ONG qui s’efforce d’assurer l’autonomisation du public, promouvoir, renforcer et préserver les droits de l’homme et la bonne gouvernance en Tanzanie. Elle collabore étroitement avec l’UPA. Ensemble, avec ce dernier et Tanganyika Law Society, elle a porté devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples l’affaire opposant Tanganyika Law Society, Legal and Human Rights Centre à la République Unie de Tanzanie ainsi que l’affaire opposant Révérend Christopher Mtikila à la République Unie de Tanzanie. Dr. Kijo-Bisimba est titulaire d’un doctorat en justice et droits de l’homme de University of Warwick (Royaume-Uni). En 2008, elle a été la première femme Tanzanienne à devenir lauréate du Prix Femme de courage (Woman of Courage Award) en reconnaissance de son engagement, de sa persévérance et de sa détermination à promouvoir le programme de droits de l’homme et de justice sociale. De par vos fonctions, comment assurez-vous la promotion des droits de la femme et la justice pour les femmes ? Je fais la promotion des droits de la femme et de la justice pour la femme de différentes manières. Je parle des droits de la femme partout où j’ai l’occasion de le faire. En ma qualité de directrice exécutive de LHRC, je me suis assurée de mettre en place une politique en matière d’égalité des genres sur le lieu de travail afin que l’organisation intègre le genre dans tous ses programmes, sa gouvernance et ses structures de gestion. J’ai également créé une unité genre dans l’organisation qui est chargée de la coordination des questions relatives aux femmes et aux enfants. Plus précisément, nous coordonnons la coalition anti MGF qui lutte contre toutes les pratiques traditionnelles néfastes. Il y a un projet spécifique sur le protocole de Maputo appelant à l’adaptation du protocole. J’ai aussi utilisé les médias pour informer notre société des questions relatives aux droits de la femme. Dans tous nos programmes d’assistance juridique, nous avons un sujet spécifique sur les droits de la femme. Les femmes qui ont des problèmes spécifiques de justice comme l’héritage, les problèmes conjugaux, la violence basée sur le genre ainsi que la garde et l’entretien des enfants sont assistées gratuitement dans les services d’assistance juridique de LHRC. Quelle est selon vous la signification de la Journée internationale de la femme par rapport à la justice internationale ? Cette journée est un rappel des droits de la femme à la société et elle sensibilise toute personne qui n’est pas informée ou qui ne s’en soucie pas. C’est également l’occasion pour les femmes de partager leurs expériences et de tirer des enseignements des meilleures pratiques. C’est l’occasion pour les femmes de se réunir pour s’encourager mutuellement. La journée met en exergue les modèles. C’est le moment de faire le point sur les acquis liés aux modifications des lois et pratiques du niveau local et international. Selon vous, quel doit être le rôle des femmes juristes dans le développement de l’exercice du droit et de l’État de droit sur le continent africain ? Prendre en charge le règlement des litiges relatifs aux affaires publiques intéressantes concernant les droits des femmes sur diverses questions juridiques discriminatoires envers les femmes. Par exemple la question des lois de succession discriminatoires en Tanzanie, les lois sur la citoyenneté, etc.. En cette Journée internationale de la femme, quel est votre message à la communauté des juristes africains et aux femmes en général de tous horizons et de toutes carrières ? La communauté des praticiens du droit en Afrique et les femmes de la profession juridique devraient exercer en sachant qu’ils ont le devoir de s’assurer qu’ils utilisent le droit pour promouvoir les droits de la femme et défendre la justice. Ils devraient savoir que de nombreuses femmes africaines sont pauvres et n’ont aucune connaissance juridique ; ils ont donc le devoir d’aider les femmes en Afrique à connaître les lois et les droits dont elles disposent. Lorsque cela est possible, ils devraient aider les femmes à faire valoir leurs droits et veiller à ce que les hommes et les femmes auteurs de violations des droits de la femme soient amenés à changer. Il faut rappeler aux États africains l’obligation qu’ils ont dans ce domaine. Laissez-nous réaliser le rêve d’une Afrique où la justice pour les femmes est bien réelle.

Mme Osai Ojigho, Directrice exécutive adjointe, Alliances for Africa (AfA)

Mme Osai Ojigho est avocate en droits de l’homme, militante des questions de genre, consultante juridique et Directrice exécutive adjointe de Alliances for Africa (AfA), une ONG internationale africaine des droits de l’homme, de paix et de développement durable qui se consacre aux droits des femmes. Ses domaines de compétence couvrent le système régional africain des droits de l’homme, le droit international humanitaire, la recherche juridique et sociale, la gestion de projets, l’intégration de la dimension genre et les droits des femmes. De par son œuvre, elle cherche à sensibiliser l’opinion publique sur les droits de l’homme, la justice en Afrique et la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Elle est la coordinatrice du Groupe de travail sur la justice relative au genre dans le cadre du Système régional africain. Elle a représenté AfA au sein du Comité exécutif de la Coalition pour l’établissement d’une Cour africaine et au sein du Comité directeur du Mouvement de solidarité pour les droits de la femme africaine. Mme Ojigho est titulaire d’une licence en droit de University of Lagos ainsi que d’une maîtrise en droit de University of Wolverhampton. De par vos fonctions, comment assurez-vous la promotion des droits de la femme et la justice pour les femmes ? Je planifie et mets en œuvre des programmes visant à sensibiliser le public sur les droits fondamentaux de la femme. Dans le cadre de l’Initiative pour une justice du genre que je dirige à Alliances for Africa, j’utilise quatre stratégies : contentieux d’intérêt public en tant qu’outil servant à tenir les gouvernements responsables de violation de droits des femmes, y compris la discrimination ; formation et renforcement des capacités des juristes, des militantes des droits de la femme, des autorités publiques compétentes et des ONG du système africain des droits de l’homme avec un accent mis sur le Protocole de Maputo (Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, relatif aux droits de la femme en Afrique) ; plaidoyer, surtout au plan politique, pour permettre l’élaboration et la mise en œuvre de politiques et procédures au plan national et régional qui contribuent à la promotion des droits fondamentaux des femmes ; et enfin, recherches et publications pour fournir des informations sur les sources juridiques et les pratiques et connaissances générales, y compris la rédaction sur des sujets et droits importants. Quelle est selon vous la signification de la Journée internationale de la femme par rapport à la justice internationale ? La célébration de la Journée internationale de la femme est la reconnaissance des défis auxquels les femmes font face et des succès qu’elles enregistrent. Elle attire l’attention du public sur d’importantes questions qui touchent les femmes et qui contribuent à la prise de mesures concrètes visant à réaliser la justice pour toutes les femmes à l’échelle mondiale. Elle nous donne l’occasion d’évaluer le respect par les États de leurs obligations internationales vis-à-vis des droits fondamentaux des femmes. Elle nous donne également l’occasion de proposer des solutions aux défis qui les concernent. Selon vous, quel doit être le rôle des femmes juristes dans le développement de l’exercice du droit et de l’État de droit sur le continent africain ? Les femmes juristes sont des partenaires clés du développement de la profession juridique et de l’État de droit en Afrique. Nous apportons un point de vue différent au débat. Nous devons être en mesure de soulever des questions touchant les femmes de manière plus élaborée étant donné que nous sommes mieux placées pour bien les comprendre et présenter les exigences des femmes dans leur contexte approprié. Les femmes doivent être représentées à des niveaux élevés de la profession juridique pour que leurs compétences et connaissances puissent être mises en œuvre en vue d’un impact et d’un changement plus importants. Dans des situations plus particulières de cas de violence basée sur le genre ou de conflits au sein de communautés isolées essentiellement religieuses, l’accès aux zones où se trouvent les femmes peut être interdit aux hommes. Des études ont également montré que les femmes victimes de violence préfèrent ou se sentent plus à l’aise avec une femme juriste qu’avec un homme juriste lorsqu’il s’agit de signaler des cas de violence perpétrée à leur égard. Nombre de femmes juristes sont spécialistes dans leur domaine et par conséquent leur profession et le continent bénéficieraient de ce réservoir d’expertise par le biais de la discrimination positive et de l’inclusion. En cette Journée internationale de la femme, quel est votre message à la communauté des juristes africains et aux femmes en général de tous horizons et de toutes carrières ? Notre vie est précieuse. Nous devons contribuer à faire de notre monde un lieu plus sûr aussi bien pour les femmes que pour les hommes. J’exhorte tous les juristes africains à soutenir, à se mettre ensemble et à dire non à la violence à l’égard des femmes, et ce par rapport au thème important de cette année : « Une promesse est une promesse : il est temps de passer à l’action pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes ». Les femmes victimes et rescapées de violence ont souvent besoin d’assistance juridique pour obtenir justice. Je pense que les juristes peuvent offrir gratuitement ce genre de service afin de permettre que davantage de femmes aient accès à la justice qui nous rapproche les uns des autres et nous permet de réaliser notre objectif visant à créer une société sûre et sans violence.

Publié le 9 mars 2013

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